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09h00 au château de la Confrérie ! Voilà la dernière consigne que j’ai reçue pour participer à une séance de rebouchage de vieux millésimes. 

Opération de préservation de l’histoire des vins d’Alsace que je maitrise assez bien avec plusieurs participations à mon actif.

L’organisation est immuable, un groupe à l’ouverture, un groupe à la dégustation et un groupe au remplissage et rebouchage après un léger sulfitage pour garantir 20/30 ans de garde supplémentaire. 

 

Nous voilà une dizaine de personnes pour opérer sur les derniers 84 de la cave et les premiers 85. 

Je dois convenir d’une petite grimace en apprenant que nous allions ouvrir des 84 ! Ce n’est effectivement pas le millésime du siècle, ou alors il faut prendre le classement dans l’autre sens. 1984 est sans doute l’un des millésimes les plus compliqués avec 1986-1980-1977-1968-1965-1963. Même le CIVA n’en parle pas J

Mais comme nous avons toujours des bonnes surprises à la Confrérie je me tiens prêt à réécrire une page de l’histoire du vignoble. Qui sait, 35 ans ont passé, le bel âge pour gouter un Alsace. 

 

J’ai retrouvé par www.oenoalsace.com les notes du CIVA sur ce millésime. 

 

1984 Une réussite inespérée

Rarement une récolte aura été abordée avec autant d’appréhension que cette année dans les différents vignobles français où 1984 laissera un souvenir quelque peu nuancé. Il faut toutefois cette année bien distinguer les régions où les vendanges se sont déroulées avant, pendant ou après les intempéries exceptionnelles de septembre.

Or le vignoble d’Alsace fait précisément partie des régions où la récolte a été particulièrement tardive à partir du 24 octobre pour le Riesling et du 18 octobre pour les autres cépages et a pu bénéficier de ce fait du très bel ensoleillement qui s’est installé à partir du 8 octobre jusqu’à la fin du mois et a préservé la qualité du millésime en stoppant le développement du Botrytis cinerea et en achevant la maturation dans de bonnes conditions.

La qualité des différents cépages ainsi sauvegardée s’est révélée, à la surprise générale, d’un niveau tout à fait honorable qui permet d’apparenter ce millésime aux bonnes années moyennes 1978, 1977, 1974.

Les « Alsace » 1984 présentent une bonne typicité dans l‘appellation avec légèreté, fraîcheur, bouquet et parfois une certaine virilité notamment dans les Riesling. Les Gewurztraminer, rares cette année, sont bien réussis. La belle arrière-saison a même permis quelques vendanges tardives présentant des richesses en sucre remarquables.

Sur le plan quantitatif, la récolte 1984 accuse un déficit important de pratiquement 20 % par rapport à la récolte précédente et aussi à la moyenne. Il faut en effet se rappeler de la floraison tardive avec quelques dégâts de coulure, de la sécheresse de l’été et des intempéries de septembre, qui ont contribués à menuiser cette récolte.

C’est dans le cépage Gewurztraminer que le déficit volumétrique est le plus spectaculaire avec une demi-récolte. Les Sylvaner et Riesling sont par contre les cépages présentant les rendements les plus normaux, leur déficit étant limité à 10%.

Globalement, le volume de la récolte 1984 se situe à 808 000 hl.

Centre d’Information du Vin d’Alsace à Colmar

Curieusement on ne parle même pas des rouges et bien ça tombe bien, nous les avons goutés. La cadence étant soutenue, je me suis limité à quelques mots et une photo. 

 

Pinot noir 1984 Willy Gisselbrecht sur les fruits à l’eau de vie, une structure souple et gourmande, Pinot noir 1984 Hugel plus austère, floral, bouche serrée sur une acidité large. SuperbePinot noir 1984 Scherer sur les fruits frais, une bouche dense, racé qui tire droit, Pinot noir Clos Saint Landelin 1984 A+O Muré sur les épices, des notes torréfiées, une grosse matière large et puissante. Excellent Pinot noir 1984 réserve Personnelle Kuentz-Bas au nez entêtant de fleurs sèches dans une bouche opulente et ciselée, un peu sèche. Pinot noir Rouge de Turckheim 1984 Auguste Hurst sur le pruneau frais, bouche juteuse, franche et nette, glissant. Pour finir Pinot noir Herrenweg de Turckheim 1984 Zind-Humbrecht, sur les épices, bouche dense, droite, petit jus. 

Rebouchage de quelques 84 et 85 à la Confrérie Saint Etienne

Changement de couleur et de style maintenant avec quelques gewurztraminers, grand perdant du millésime avec une ½ récolte.  

 

Gewurztraminer Bergweingarten 1984 Domaine Rieflé sur la menthe et les fruits exotiques, bouche tranchante avec une bonne charge de sucre et une pointe d’alcool. Gewurztraminer d’Alsace 1984 Josmeyer au nez grillé, torréfié, bouche lisse, cohérente, simple mais en place avec une finale plus frétillante. Superbe Gewurztraminer 1984 Schwartz et fils, grillé, pain et menthe sur une structure sphérique, élégante et délicate pour ce vin complet. Gewurztraminer Domaine Schneiderau nez de mirabelle. Bouche compacte et massive. Gewurztraminer 1984 Zind-Humbrecht au nez de céréales, bouche austère, sérieuse, franche et sèche. Pour finir Gewurztraminer vendange tardive 1984 Hugel, sur des notes de sous-bois et de fruits jaunes. Bouche qui fait une boule, dans un profil sec et tannique. 

   

Une série étonnante de pinot noir. Les matières ne sont pas énormes mais les vins sont bien en place, frais, tendus avec du croquant sans excès de verdeur. La sélection à l’entrée de la cave a été bien faite et seule les vins les plus aptes à voyager dans le temps ont été sigillés. Les gewurztraminer sont à un niveau inespérés, plutôt sérieux, structurés.     

Rebouchage de quelques 84 et 85 à la Confrérie Saint Etienne

Mais comme la nature est bien faite, après un millésime 1984 compliqué voilà un millésime 1985 bien plus avenant avec un taux de réussite bien meilleur. Les réussites dans cette décennie sont heureusement plus nombreuse que les déconvenues et l’on peut rajouter 1981-1983-1988 et 1989 au quinté gagnant. 

 

Retour sur les notes du CIVA sur ce millésime…..

 

1985, une qualité exceptionnelle en Alsace

Les superlatifs risquent de manquer cette année en Alsace pour qualifier le millésime 1985 dont tout le monde s’accorde à reconnaître le niveau qualitatif exceptionnel.

La qualité des raisins rentrés laisse en effet présager des vins grandissimes d‘un équilibre prometteur, à la fois puissants et bien charpentés, extrêmement fins et racés. Des vins de garde que l’on se plaira à comparer aux plus grands millésimes de ces quinze dernières années en Alsace :1983, 1976 et 1971.

Les plus belles réussites se trouveront sans doute dans les Gewurztraminer et Tokay Pinot Gris qui ont atteint en 1985 des richesses rares et dont les cuvées de vendanges tardives et de sélections de grains nobles n’auront jamais été aussi nombreuses à témoigner de la plénitude et de l’opulence de ce millésime.

De leur côté, les Riesling présentent une remarquable harmonie, les Pinots Blancs et les Pinots Noirs une puissance riche de promesses et les Sylvaner et Muscats d’Alsace une étonnante rondeur.

Il faut dire aussi que rarement un automne aura bénéficié d’un soleil aussi éclatant deux mois durant, entraînant une maturation idéale des raisins et permettant des vendanges précoces à leur stade optimum de maturité dès le 30 septembre pour les cépages de l’AOC Crémant d’Alsace, et le 7 octobre voire le 14 octobre pour le cépage Riesling pour les AOC Alsace et Alsace Grand Cru.

Pourtant grandes avaient été les appréhensions des vignerons alsaciens après les deux périodes de froid intense de janvier et février qui avaient provoqué des dégâts considérables sur quelques 2 000 hectares dont une grande partie sera sans doute à replanter -, après la coulure constatée en juillet notamment sur les cépages Gewurztraminer et Muscat d’Alsace, et après plusieurs orages de grêle dans deux secteurs du vignoble.

Fort heureusement, la sécheresse qui a touché cet été de nombreuses régions françaises, n’aura pas eu dans l’ensemble de conséquences néfastes dans le vignoble alsacien où les pluies d’orages de son climat sub-continental se sont avérées cette fois-ci bien utiles. 

Malgré tout, c’est un volume de récolte bien en deçà de la moyenne qui aura été rentré cette année en Alsace. Les dernières estimations, légèrement révisées en hausse depuis la fin des vendanges, se situent autour de 800 000 hectolitres, soit tout de même 20% de moins qu’une récolte normale. Mais un déficit variablement partagé selon les cépages et les micro-régions et particulièrement marqué dans les Gewurztraminer et Muscats d’Alsace.

Centre d’Information du Vin d’Alsace à Colmar

Rebouchage de quelques 84 et 85 à la Confrérie Saint Etienne

Il y a des choses immuables en Alsace et comme sur toute les cartes de la région nous attaquons le rebouchage sur le sylvaner et les pinot blanc.  

 

Sylvaner 1985 Baumann sur le foin, les herbes scèhes sur une bouche droite et lisse sur une acidité douce puis un duo de Blanck, Sylvaner 1985 André Blanck au profil longiligne avec de la gourmandise et de la délicatesse puis un Sylvaner réserve spéciale 1985 Paul Blanck au nez frais sur la menthe et la groseille, une bouche pleine, denses, franche un peu tannique et sèche. Dernier de ce cépage avec un Sylvaner 1985 Schaffar à nouveau sur la menthe et des fruits jaunes plus mûrs. Une bouche très gourmande sur une richesse posée sans perdre l’élégance du nez. 

Pinot blanc Clos du Stragenberg 1985 Heim au nez froid et franc, une bouche carrée avec du gras et une grosse matière sèche puis un Pinot blanc 1985 de Materne Haegelin est sur la menthe et l’eucalyptus, profil frétillant sur une acidité un peu mordante.  Pinot Cuvée les Préludes 1985 Roger Jung sur les fruits jaunes, une grosse richesse donnant du moelleux et de l’ampleur. 

 

Après cette première série intéressante place au roi riesling sur différents terroirs autour de Kaysersberg et Ribeauvillé. 

 

Riesling Schlossberg 1985 André Blanck sur la cire et le miel, petite douceur en bouche dans un profil puissant et massif mais la profondeur du terroir est là. Riesling 1985 François Baur sur le cuir et la boite à pharmacie. Bouche franche sèche un rien austère.

Riesling Schlossberg 1985 Paul Blanck encore serré sur une acidité carrée et dense. Riesling Brand 1985 Cave de Turckheim sur la pierre chaude et du miel sur une structure puissante, dense ½ sec qui pousse les sens. Riesling 1985 Wolfberger au nez mûr sur les fruits jaunes, une bouche sur une certaine richesse, apportant une certaine facilité, une plénitude évidente sur une acidité droite et un rien mordante. Pour finir Riesling Reserve personnelle 1985 Bott Frères au nez complexe sur la cire, la menthe et le miel. Un profil plutôt avenant en bouche avec un bel équilibre entre l’acidité et la richesse en filigrane.    

 

Comme il fallait s’en douter les 1985 sont bien au rendez-vous avec de belles maturités mais aussi une petite pointe d’austérité dans les acidités parfois marquée mais cela va leur garantir encore quelques années sous verre. 

 

Merci au Major 2019 pour m’avoir permis de jouer à nouveau de la vrille dans la cave de La Confrérie Saint Etienne. 

 

Stéphane

 

 

Rebouchage de quelques 84 et 85 à la Confrérie Saint Etienne
Tag(s) : #A la confrérie Saint Etienne et CIVA

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