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Stéphane Wasser

Stéphane Wasser

Le monde du VIN est passionnant, mes plus belles découvertes sont ici !!


Ma retrospective du Clos Sainte Hune du Domaine Trimbach

Publié par stephanew sur 11 Octobre 2017, 19:31pm

Catégories : #Alsace grand cru Riesling, #Alsace Riesling

Chaque région viticole de France et de Navarre a ses vins mythiques, parfois plusieurs, rarement un seul mais tous ces vins enflamment les tables, la toile, les palais. En Alsace, le paradoxe veut que le vin le plus précieux, le plus rare, le seul spéculatif de la région ne soit même pas classé « Grand cru » mais simplement « Alsace ». Le Clos Sainte Hune est pourtant bien un grand cru, géologiquement, identitairement, structurellement.

Comme tous les vins mythiques, son étiquette est intemporelle, sa capsule unique, son style reconnaissable par les amateurs qui parfois, même sans le gouter peuvent en parler des heures. J’ai eu le plaisir de pouvoir y gouter dans diverses occasions, en différents lieux et circonstances. J’avoue d’ailleurs honteusement n’avoir payé que très peu de ces Sainte, mais qui paye vraiment les bouteilles de DRC ou de Pétrus ?

Voici donc en un même article les 18 millésimes de ce fameux Riesling. La date de dégustation est entre parenthèses et les commentaires d’époques donc reflétant l’émotion, parfois forte, du moment.

 

Ma retrospective du Clos Sainte Hune du Domaine Trimbach

Alsace Riesling Clos Sainte hune 1949.

J’ai bu Sainte Hune 49, enfin je crois !!

Lors d’une séance de rebouchage de vieux millésimes des années 40 et 50 à la confrérie Sainte Etienne, et alors que j’étais en train de me battre, pour l’histoire, avec un lot de Sylvaner des années 50 de chez Hirtz, j’entends à l’autre bout du théâtre d’opérations : « ça doit être une Sainte Hune, et visiblement un 49 »

Autant dire que lorsque je perçois les « wouah !! c’est bon ce truc », mon lot de sylvaner, bien qu’intéressant, est vite passé au second rang dans mon esprit d’archéologue du vin. « Euh, je peux gouter ? »

Pour la bouteille, aucune autre indication que la fameuse capsule blanche, marque de reconnaissance de la plus célèbre et convoitée des cuvées alsaciennes. L’étiquette est morte de chez morte mais au bon format, visiblement blanche et en intellectualisant un peu on distingue un « S » et un « H » (voir ci-dessous)

Pour le breuvage, la couleur est légèrement évoluée sans trop tirer dans les teintes post mortem. Le nez est celui d’un vieux riesling sur de belles notes de fleurs sèches avec un coté grillé et pierreux. La bouche est sèche, bien en place, vivante avec une acidité verticale, dense, d’une grande fermeté avec un coté très tactile en finale, crayeux, signant les grands terroirs. C’est un peu l’idée que j’ai de cette cuvée, le rêve est donc possible.....

En résumé, ce n’était certainement ni le lieu ni le moment pour déguster un grand vin et le faible volume dans chacun de nos verres n’a pas permis une grande exploration des sensations viniques. Il reste le plaisir de boire un des vins d’Alsace les plus rares qu’il soit, un Riesling Clos Sainte Hune 1949.

Alsace riesling Clos Sainte hune 1959 (2017)

 

Nez austère sur le cuir neuf. La bouche est ample, puissante, bien assise avec de la densité, un coté virile indéniable, une sapidité ferme et toute masculine. Un grand vin et sans doute l’étiquette alsacienne que tout le monde s’arrache dans un énorme millésime, hors norme. Je ne sais même pas si cette bouteille à aujourd’hui une cote, sans doute celle d’un Montrachet de la même époque ! 19,5/20

 

Alsace Riesling Clos Sainte hune 1968. (2008)

Nez très net et explosif de fruits secs, de camphre avec une belle minéralité. Attaque très grasse avec beaucoup de richesse et de densité. On retrouve bien l’acidité et la droiture légendaire du domaine dans cette superbe bouteille. Ce vin devait être immense il y 10 ans, il n’est plus que très grand car il commence à piquer du nez dans l’heure. Une bouteille mythique voire mystique.  EXCELLENT

 

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 1976 (2014)

Profitant d’une randonnée dans les alentours de Ribeauvillé, j’en profite pour passer au domaine Trimbach afin de régler un petit deal. Après une prise de contact avec les vins en ventes actuellement, Pierre Trimbach nous propose à la dégustation Frédéric Emile 2007, 2002 avant de tremper les lèvres dans Frédéric Emile 1983, ouvert la veille. Trois vins pleins de sève, juteux avec des matières amples et puissantes. Pierre nous demande alors si nous avons encore le temps. Sachant que l’on rebrousse rarement chemin dans les millésimes, un fervent amateur de vieux breuvages comme moi ne peut que dire « oui », surtout avec un verre de 1983 à la main.

Pierre s’absente quelques instants et remonte de la cave avec une bouteille verte, sans étiquette et annonce modestement « Clos Sainte hune 1976 » ! Outch ! ça va envoyer du lourd.

La robe est jaune topaze brillante, à l’image de certain pinot gris vendangé en grosse maturité. Le nez est complexe, dense dans ses parfums avec des notes d’after-eight évoluant sur de la peau d’orange confite, la noisette, et une toute petite touche de caramel. La bouche est immense, avec un coté moelleux et gras enrobant tous les sens avant une fraicheur, même si elle n’est plus aussi puissante que dans la prime jeunesse de cette cuvée, encore bien présente, pour surveiller, accompagner le breuvage. Et que dire de la finale, un modèle du genre, intense, minérale, sèche et racée, tirant les papilles vers le bonheur calcaire. Vous voulez des extraits secs, en voilà.

Ce millésime 76 étant proche de nos années de naissance, Pierre nous propose de repartir avec le reste de la bouteille. Fond que nous avons terminé en deux fois, le soir même et le lendemain soir. A noter que le nez est encore plus fin le lendemain soir malgré une bouteille en ¾ vidange. J’ai dégusté beaucoup de vieux vins alsaciens, + de 300 entre 1942 et 1991, et je sais par expérience que la dégustation d’un vieux riesling doit être préparée par des vins plus jeunes, pour s’échauffer le palais et éviter de se prendre 40 ans d’arômes dans le nez d’un coup. Cette préparation semble toutefois inutile avec ce Clos Sainte Hune 1976 dégusté en apéritif le lendemain (j’ai presque honte d’écrire cela). CSH 76 est a point aujourd’hui, assis tranquillement au milieu du temps qui passe, dans la pleine force de l’âge sans l’ombre d’une faiblesse. Cette cuvée est plus qu’une légende, puisque l’on peut en boire et cela depuis 1919. Merci à Pierre Trimbach pour cette belle dégustation.19/20

Alsace Clos Sainte Hune 1986 (2012)

Pour ne pas parler que de ses vins, Philippe a apporté une bouteille de Sainte Hune pour étalonner nos palais. Nez sur les fruits secs, discret, délicat avec des touches de pierre. La bouche est large, profonde, compact et dense avec du gras et une acidité puissante. Un vin qui ne va pas s’ouvrir pendant notre dégustation mais qui devrait être plus parlante après un tour en carafe. NN car pas le sujet. Merci Philippe Blanck pour ce cadeau.

 

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 1987 (2007)

Bouteille ouverte pour notre anniversaire de mariage qui a failli tourner au vinaigre tant le vin était désagréable à l’ouverture.
Nous l’avons oublié une journée avant d’y revenir le lendemain, et là, surprise.
La robe est assez soutenue pour un riesling mais sans trace d’oxydation.
Le nez est marqué par les fleurs sèches, la cire et les fruits rouges le tout sur une trame minérale fumée.
La bouche est comme toutes les « Sainte Hune », DFS soit Droite-Fine-Sèche. La trame acide est là, fine et massive voire un poil trop présente. La minéralité pointe son nez en milieu/fin de bouche pour finalement arriver à exciter les papilles. Le gras est moyen et je ne retrouve pas dans cette bouteille la grande classe des autres millésimes que j’ai croisé. Une bouteille pas au meilleur de sa forme ayant certainement souffert d’une conservation aléatoire et d’un millésime moyen et froid.

 

Alsace Riesling Clos Sainte Hune Vendange Tardive hors choix 1989 (2016)

Nez discret mais patiné et fin sur l’amande, une pointe de volatile. La bouche est fine, élégante, souple avec un moelleux parfaitement calibré et des notes de raisins frais. Un vin d’une grande jeunesse, élancé, d’une longueur infinie en pleine forme sans la moindre trace d’évolution. Cuvée produite à 980 bouteilles et c’est la seconde fois que je le goute. Je suis vraiment chanceux. Excellent (19,5/20) Merci Thierry Meyer.

Alsace Riesling Clos Sainte hune 1994 (2008)

Le nez est comme souvent sur cette cuvée, floral et pierreux. La bouche est du même calibre, droite, sèche et minérale. Pas très austère pour une fois malgré la présence du Brand très charmeur juste à coté. La fin de bouche est fraîche et mentholée. Une Sainte Hune qui commence à s’exprimer.

 

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 1995 (2009)

De passage chez Thierry pour faire connaissance avec son petit dernier, Alexandre, je me retrouve nez à nez avec cette bouteille, ouverte après deux autres quilles de qualités plus moyennes.

 

Le nez est marqué par des notes de bergamote, de fleurs blanches mais aussi de caramel au beurre et de sucre d’orge dans un ensemble légèrement confit.
La bouche est massive aidée par une acidité large et imposante. Je me demande si cette impression de puissance ne masque pas la profondeur du vin car cela ne va pas aussi loin que la cuvée pourrait le laisser penser. La longueur n’est pas non plus au RDV, pas qu’il soit court mais on est en droit d’attendre plus d’une telle étiquette. A carafer donc, ou attendre encore, bien que ce riesling ait 14 ans aujourd’hui. 16/20


 

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 1999 (2011)

Nez discret à l’ouverture sur des touches de cassis. La bouche est saline, salivante, fine et longiligne et encore compact et presque stressé.Un vin qui ressemble à une formule 1 et qui n’a pas brillé dans mon verre, comme bridé par quelque chose. Pas d’étincelle ce coup-ci, dommage.

 

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 2001 (2012)

A l’image du MontrachetSainte Hune représente certainement le graal alsacien pour l’amateur de belle étiquette et de grand vin. Pas de notion de terroir, pas de classement, une quantité limitée, aucun indice de sucrosité, d’ailleurs tout le monde le goute sec, alors que les plus grands millésimes sont souvent assez riches. On ne parle presque pas du cépage, on évoque juste le nom de la cuvée. Rajoutons à cela un tarif élevé pour coller au plus prêt à l’élite mondiale et vous avez le Clos Sainte-Hune. Pour que cette notion de grandeur perdure dans le temps il faut malgré tout que le niveau soit toujours au maximum du millésime et ce 2001 est une grande réussite pour la maison Trimbach.

La robe est claire et brillante. Le nez est marqué par des notes d’écorce d’agrume, de fleurs blanche, d’anis, d’amande sans trace de sur ou sous-maturité. La bouche est très ample et large tactilement crémeuse en attaque à la faveur d’une grande maturité tout en restant parfaitement sèche. L’acidité est très dense, ferme structurant le vin avec puissance et fermeté. Le vin est bien en place, précis, tactile avec une bonne dose d’extrait sec que l’on appelle minéralité par chez nous. Finale longue et ouverte pour ce riesling qui commence aujourd’hui sa longue carrière.

2001 est décidément une très, très belle année en Alsace. Alors oui, le vin n’a pas été dégusté à l’aveugle mais honnêtement, il faut dans sa vie croiser le chemin de cette sainte.19/20

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 2004

Le millésime est à peine décelable et des touches confites et mielleuse couvrent cela avec élégance. La bouche est ronde, ample et disons-le, atypique à mes yeux. Beaucoup de mâche, de volume avec un coté facile à boire qui amène la main sans arrêt sur le verre. Petite pointe de sucre qui lui donne certainement ce charme. 19/20

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 2005 (2011)

La cuvée mythique alsacienne par excellence et fer de lance de la Maison qui en produit bon an mal an dans les 6000 bouteilles. Cette Sainte est issue d’un des deux célèbres clos de ce village si discret qu’est Hunawihr.

Situé sur le grand cru Rosacker cette Sainte Hune se présente discrètement au nez avec de l’agrume et des touches minérales. La bouche est comme toujours, droite, sèche et élancée mais ce 2005 présente cette profondeur particulière à la cuvée dense sans en avoir l’air, racée en toute simplicité sans vouloir être démonstrative comme si cela était simplement évident. A revoir dans 10 ans. 18/20

 

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 2006

Nez sur la menthe fraiche, l’anis, les fruits jaunes, la pêche, l’abricot. La bouche est bien en place avec une acidité propre, précise, très saline et sapide, dans une trame tannique en filigrane. Ce vin ne présente pas la moindre fausse note ou faut gout. 18/20

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 2007

Nez particulier sur le sureau, le bourgeon de cassis, le cuir neuf. La bouche est large avec une amertume des plus noble sur une acidité fondue et digeste. Le milieu de bouche est plus profond, plus puissant. 18/20

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 2008

Nez très floral sur l’aubépine et autres fleurs blanches très délicates. La bouche est plus sage que CFE, plus avenante, plus large mais aussi plus dense avec une acidité qui vient en complément du gras apportant beaucoup de précision à l’ensemble. Vin ample et très minéral. On touche certainement la perfection. 19,5/20

Riesling Clos Sainte Hune 2009 (2015)
 

Sans aucun doute l'étiquette la plus célèbre et la plus convoitée de la région sur le grand cru Rosacker de la commune de Hunawihr.

 

Nez sur le sirop d'orgeat, des notes terpéniques, du fruits confits sur des relents fumés. La bouche est sèche, dense, pas trop ferme sur une acidité donnant la juste mesure pour tenir la cavalerie du rosacker, terroir calcaire. La finale est sèche et claque savoureusement le palais. Grande réussite sur ce millésime chaud si on privilège les terroirs profonds et pas trop drainants. 18/20.

 

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 2009

Nez alliant des notes florales et confites. La bouche est dense, massive, saline sur une très belle structure avec une acidité dans la masse, dans le gras du vin. Très grande et fine amertume sur la finale. 19/20

Alsace Riesling Clos Sainte Hune 2010

Nez plus discret, grillé. La bouche est fondue moins percutante, plus progressive, plus large mais moins « puissante » et finalement plus digeste et plus évident dans l’approche à ce stade d’évolution. 19/20

 

Stéphane

Ma retrospective du Clos Sainte Hune du Domaine Trimbach

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